Les enfants handicapés

Au moins 93 millions d’enfants vivent avec un handicap, à travers le monde. Beaucoup sont considérés comme une cause de honte pour leur famille et comme une malédiction et un malheur pour leur communauté. Tout au long de leur vie, les enfants handicapés peuvent être exposés à la stigmatisation, à la discrimination, aux préjugés culturels et aux stéréotypes et ne bénéficier d’absolument aucune attention. En outre, ils sont exposés à un risque nettement plus élevé de violence, de négligence, d’atteintes et d’exploitation.

Même si les données et les études en la matière sont peu nombreuses, il ressort des informations disponibles que ces enfants sont particulièrement exposés à la violence, du fait qu’ils sont plus vulnérables aux violences physiques et émotionnelles lorsqu’ils sont jeunes et davantage exposés aux atteintes sexuelles à la puberté.

En effet, les enfants, adolescentes et adolescents handicapés sont 3 à 4 fois plus susceptibles d’être victimes de violences physiques et sexuelles et de négligence que les autres enfants et ils courent un risque nettement plus élevé de subir des violences sexuelles : jusqu’à 68 % des filles et 30 % des garçons présentant une déficience intellectuelle ou un trouble du développement seront victimes de violences sexuelles avant d’atteindre leur 18e anniversaire.

Le programme de développement durable comprend pour la première fois une cible spécifique (16.2) visant à mettre fin à toutes les formes de violence contre tous les enfants. Les objectifs de développement durable témoignent d’une vision partagée des responsabilités et impriment un nouvel élan aux efforts faits pour ne laisser aucun enfant de côté. Il s’agit également d’une obligation que les États ont contractée en ratifiant les conventions internationales relatives aux droits humains.

La Convention relative aux droits de l’enfant dispose que tous les enfants, y compris les enfants handicapés, ont droit à une protection contre toutes les formes de violence. Les États sont tenus de prendre toutes les mesures appropriées pour protéger les droits de l’enfant sans discrimination d’aucune sorte.

La Convention relative aux droits des personnes handicapées affirme que toutes les personnes handicapées, y compris les enfants, doivent jouir de tous les droits humains et de toutes les libertés fondamentales et être protégées contre « toutes les formes d’exploitation, de violence et de maltraitance, y compris leurs aspects fondés sur le genre ». Les filles handicapées, en particulier, « courent souvent, dans leur famille comme à l’extérieur, des risques plus élevés de violence, d’atteinte à l’intégrité physique, d’abus, de délaissement ou de défaut de soins, de maltraitance ou d’exploitation ».

Les enfants handicapés, par peur ou par manque d’information, peuvent se sentir contraints de dissimuler leurs souffrances, craindre la stigmatisation, le harcèlement ou les représailles et ne pas être en mesure de porter plainte ou de signaler les violences qu’ils subissent, et ils peuvent craindre de perdre le soutien des personnes qui s’occupent d’eux et l’attention et l’amour des personnes dont ils dépendent.

Les incidents de violence signalés par les enfants handicapés sont largement rejetés, car les personnes qui s’occupent d’eux sont souvent mal préparées et mal formées pour examiner les plaintes et leur donner suite de manière efficace. Il existe une opinion dominante selon laquelle les enfants handicapés ne sont pas capables de raconter leur histoire clairement et sont souvent désorientés.

Dans de nombreux pays, la législation ne reconnaît pas le témoignage des enfants handicapés et la loi ne leur permet pas de signer leur nom dans les documents juridiques ou de témoigner sous serment. Il existe une conspiration du silence et une impunité généralisée autour de ces faits de violence.

Il faut d’urgence que tous les pays adoptent une législation interdisant toute forme de violence à l’encontre de tous les enfants et mettent en place des mécanismes efficaces et dotés de ressources suffisantes pour prévenir et traiter les cas de violence.

Il est indispensable d’investir dans des activités de sensibilisation et de communication, y compris en commandant des études sur le handicap chez l’enfant et sur les formes de violence qui empêchent les enfants d’exercer leurs droits de même que sur leur prévalence. La meilleure façon d’y parvenir est de collaborer avec les enfants handicapés et leurs familles, ainsi qu’avec les organisations qui défendent leurs droits